image : Le Val-Ouest (créé avec Microsoft Designer)
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C’est le temps de l’année où les propriétaires fonciers reçoivent leur compte de taxes municipales. Qu’est-ce qui se cache derrière ces montants à payer? Comment les élus conçoivent-ils leur budget? Pour le savoir, le Val-Ouest est allé interroger quelques maires et mairesses de la région.

«C’est quand même costaud»

Après les élections municipales de novembre dernier, plus de 3000 personnes, partout au Québec, ont nouvellement occupé un siège d’élu ou d’élue.

Une fois en poste, ces personnes ont dû se familiariser avec un univers qui a ses règles et ses codes. Alors que c’est le temps où les municipalités préparent leur budget.

«C’est quand même costaud, pour un nouvel élu, d’arriver en poste, après une élection. Tu n’as pas encore appris tes nouvelles fonctions que déjà tu dois faire un budget pour l’année à venir. C’est colossal, comme tâche. Le train est en marche et il faut qu’on embarque dedans», indique Alex Bouthillette, maire de Bonsecours.

Dans son cas, il était conseiller municipal avant d’être élu maire. Ce qui lui donnait une longueur d’avance pour comprendre les dossiers. Il souligne qu’il a tout de même dû apprendre, ces dernières années, à bien comprendre les mécanismes.

«Je ne suis pas un comptable agréé ou un gestionnaire de formation. Je suis d’abord un citoyen et un travailleur qui a une tête sur les épaules. Je suis capable de lire des chiffres et de les interpréter. Mais ce n’est pas mon métier de jouer avec les chiffres. Quand j’ai débuté comme conseiller municipal, en 2017, je ne connaissais pas bien la structure d’un budget municipal.»

Ce parcours lui a fait comprendre ce qui se passe de l’autre côté du miroir. Et pourquoi les citoyens, qui ne baignent pas dans cet univers à temps plein, puissent «faire des interprétations qui ne sont pas nécessairement justes.»

Alex Bouthillette, maire de Bonsecours.  (photo : gracieuseté)

Le maire de Racine, Mario Côté, croit que la plupart des citoyens comprennent jusqu’à un certain point ce que font les élus. Mais qu’ils l’observent avec la lorgnette du «payeur de taxes».

«C’est le citoyen qui paye. Et, de son point de vue, il paye toujours trop.»

«Je n’avais pas dans l’idée de devenir mairesse»

Lynda Tétreault a été parachutée au poste de mairesse d’Ulverton alors qu’elle venait à peine d’être élue conseillère municipale, en 2021. Trois mois après son arrivée, la mairesse de l’époque a démissionnée et elle s’est retrouvée à la tête de la municipalité. «Je n’avais pas dans l’idée de devenir mairesse», confie-t-elle.

Heureusement, elle connait bien les chiffres. Pour être détentrice d’un certificat universitaire en comptabilité et avoir travaillé toute sa vie en comptabilité d’entreprise.

Malgré tout, elle a dû apprendre les rouages du monde municipal. Différents de ceux des corporations.

«Le but d’une compagnie, c’est de générer des profits. On recherche beaucoup la performance. Alors que l’objectif d’une municipalité est d’offrir des services publics. Le profit n’a pas sa place.»

Elle pointe que les normes et règles comptables ne sont pas les mêmes. «On doit obligatoirement faire un budget et le suivre tout le temps. Et, en principe, ne pas le dépasser.»

Lynda Tétreault, mairesse d’Ulverton.  (photo : Studio Vicky Bombardier / MRC du Val-Saint-François)

Des chiffres pas toujours bons

À la tête de Kingsbury, on retrouve également une mairesse mordue de chiffres. «Je comprends la fiscalité parce que c’est mon dada quotidien avec mon entreprise», expose Amélie Tremblay.

Ce qui ne l’a pas empêchée, dit-elle, de se retrouve face à une situation «rock and roll» lors de son arrivée en poste, après une élection partielle à l’automne 2024. Certains chiffres, utilisés d’une année à l’autre dans le budget municipal, n’étaient pas tout à fait les bons. Ce qui s’explique, entre autres, par le fait que plusieurs personnes s’étaient succédé à la direction générale depuis 2022. «En 2025, il y avait beaucoup d’erreurs dans notre budget», confie-t-elle en toute transparence.

La petite municipalité a embauché un nouveau directeur général en 2025 et utilise désormais les ressources professionnelles de firmes externes, telles que Raymond Chabot Grant Thornton. Depuis, les choses ont commencé à se replacer. «Nous avons fait un gros ménage», dit-elle.

Manque de formation des élus

L’un des éléments mentionnés de façon récurrente lors des entretiens est l’enjeu de la formation. Il est essentiel, selon ces maires et mairesses, que les nouveaux élus puissent se familiariser avec les notions de fiscalité municipale.

«Tout passe par l’argent. C’est la base. Si tu ne sais pas ce que tu fais avec l’argent municipal et que tu ne la distribues pas comme il faut, il n’y a rien qui fonctionne», partage Amélie Tremblay.

De fait, deux formations obligatoires sont offertes aux nouveaux venus : «Éthique et déontologie en matière municipale» ainsi que «Comprendre le fonctionnement municipal et le rôle d’élu(e)».

À l’intérieur de cette dernière formation, un module de deux heures est consacré à la gestion du budget, aux finances et à la fiscalité municipale.

«Ce volet permet aux élus d’apprendre à maîtriser les étapes de préparation et d’adoption du budget et du plan triennal d’immobilisation, de la gestion des dépenses et des contrats, de la provenance des revenus, des outils fiscaux, du rôle d’évaluation foncière et des obligations liées à la reddition de comptes», explique Marie-Ève Dion, conseillère en relations publiques à la Fédération québécoise des municipalités.

Ce même type de formations sont aussi offertes par l’Union des municipalités du Québec.

Les personnes élues en novembre dernier n’ont toutefois pas toutes et tous encore suivi ce curriculum. À Bonsecours, le maire indique que les cinq nouveaux conseillers ont été accompagnés par la direction générale et la trésorerie.

À Ulverton, la mairesse a décidé de prendre sous son aile les deux nouveaux conseillers. Pour bien leur expliquer comment fonctionne un budget.

Amélie Tremblay, mairesse de Kingsbury.  (photo : Studio Vicky Bombardier / MRC du Val-Saint-François)

La direction générale, le cœur de la municipalité

Tous conviennent de l’importance de la direction générale et de la trésorerie au sein d’une municipalité.

«C’est très précieux d’avoir une équipe efficace et motivée. Qui est au service du conseil municipal et de la population. Ça vaut de l’or. C’est pourquoi il faut vraiment prendre bien soin de nos employés», soutient Alex Bouthillette.

Scruter toutes les dépenses, une à une

Lorsqu’ils préparent le budget, tous les maires et toutes les mairesses scrutent une à une chacune des dépenses prévues. L’exercice se fait la plupart du temps entre le magistrat et la direction générale. Sauf à Racine, où un comité Finance se charge de la tâche.

Une façon de voir à la bonne marche d’une municipalité, croit Alex Bouthillette.

«Éplucher un budget, poste par poste, ça permet vraiment de voir le fonctionnement et les rouages de l’administration municipale. Parce que chaque poste budgétaire couvre une dépense. Si, comme élu, tu as des questions par rapport à des dépenses, c’est le moment de les poser.»

Mario Côté apprécie ces sessions de travail qui permettent aux élus de donner des orientations à l’administration et, dans la mesure du possible, limiter l’augmentation des taxes. Un exercice qui dure de nombreuses heures voire même une journée complète. «C’est vraiment fait de façon sérieuse et c’est fastidieux.»

Dans un deuxième temps, le budget est présenté à l’ensemble des membres du conseil municipal. Ce qui, la plupart du temps, se passe relativement bien. «Nous avons de bonnes discussions, mais c’est toujours très serein. On finit toujours par trouver un compromis», de dire Mario Côté.

Mario Côté, maire de Racine.  (photo : Studio Vicky Bombardier / MRC du Val-Saint-François)

Comment ne pas augmenter les taxes?

C’est une vérité de La Palisse : depuis la pandémie, les prix ont explosé. Malgré ce contexte, Ulverton est une des rares municipalités du Val-Saint-François à ne pas avoir augmenté ses taxes. Lors des quatre années du premier mandat de Lynda Tétreault, le conseil n’a voté qu’une seule augmentation.

Quel est le «secret»?

«Le budget est scruté à la loupe. Depuis que je suis arrivée, j’ai ciblé certaines dépenses pour les diminuer. Par exemple, on pouvait avoir le réflexe d’augmenter de la même façon toutes les dépenses à chaque année. Alors que ce n’est pas nécessaire. Nous nous sommes aussi assurés de faire faire des soumissions. Pour avoir des chiffres réels à mettre au budget.»

Autre façon de faire de la mairesse : préparer un budget en se basant sur les trois dernières années. «Quand j’ai débuté, on reculait même cinq ans en arrière. Mais maintenant, je connais les dépenses. Avoir trois années de comparatif, c’est un minimum. Ça permet de mettre au budget les bons chiffres pour l’année en cours.»

À Racine, le maire mentionne de son côté que le comité Finance utilise des «propriétés modèles» situées au village, dans la zone agricole et en bordure de lac. Et que ces modèles virtuels permettent de constater dans un chiffrier, au moment des discussions, les impacts des choix faits par les élus.

Quelle marge de manœuvre?

Dans un budget municipal, la majorité des dépenses sont dites «incompressibles». C’est-à-dire qu’il est impossible de les réduire ou les éliminer. Comme par exemple la quote-part à la MRC, le service des incendies, la Sûreté du Québec, les salaires des employés municipaux, etc. Ce qui peut correspondre, dans certains cas, aux deux-tiers du budget.

Conséquence : la marge de manœuvre des élus est très restreinte s’ils souhaitent réaliser certains projets. Elle serait généralement de l’ordre de 20 % à 25 %.

Cette année à Kingsbury, en raison de la situation budgétaire, il n’y en a aucune. «Si nous n’obtenons pas de subventions, nous ne pourrons faire aucun projet», révèle la mairesse.

Viable, les petites municipalités?

Avec des populations de 141 habitants (Kingsbury), 454 habitants (Ulverton), 667 habitants (Bonsecours) et 1451 habitants (Racine), pas toujours facile de boucler un budget.

À Kingsbury, la municipalité doit s’appuyer sur seulement 98 payeurs de taxes. Chaque dépense doit ainsi être scrupuleusement examinée pour ne faire porter le fardeau à chacun des propriétaires fonciers.

Partager des coûts pour économiser

Certaines de ces petites municipalités songent d’ailleurs à des partenariats pour partager des coûts. Comme par exemple l’entretien des routes. Une avenue pour laquelle le maire de Bonsecours se dit ouvert.

«Nous avons déjà fait, dans le passé, un partage de ressources, en voirie et en travaux publics. Mais la structure, à ce moment-là, n’a pas été gagnante. On pourrait regarder ce qui se fait ailleurs au Québec comme formules gagnantes. Pour s’en inspirer, sans être obligé de partir à zéro.»

Comparer des pommes avec des pommes

L’un des réflexes, chez certains citoyens, est de comparer leur taux de taxes au 100 $ d’évaluation avec des municipalités voisines. Un exercice qui peut induire en erreur, croit Alex Bouthillette.

«Le taux de taxation de base n’est pas calculé de la même façon d’une municipalité à l’autre. Pour comparer deux municipalités, il faut aller voir le détail du budget. Pour savoir, par exemple, si la municipalité a inclus dans sa taxation de base le service incendie, la police, etc. Ou si c’est calculé à part.»

Les citoyens, au cœur de la vitalité municipale

Tous les élus, sans exception, ont mentionné l’importance de l’implication citoyenne pour assurer la vitalité de leur municipalité. Parce que les budgets ne permettent de payer des ressources pour s’occuper de tout, comme c’est le cas des villes. Amélie Tremblay donne l’exemple de la patinoire municipale, entretenue par des citoyens. Alors qu’Alex Bouthillette pointe le service des loisirs, géré de façon bénévole.

Alex Bouthillette croit qu’il est sain qu’une municipalité ne soit pas l’instigatrice de tout ce qui se passe sur son territoire. Mais qu’elle doit plutôt être là en appui.

«On peut avoir l’impression qu’il ne se passe rien dans une municipalité à cause des décisions du conseil municipal. Mais notre rôle, c’est d’encourager et de faciliter les initiatives citoyennes, entrepreneuriales et communautaires. Et de leur offrir des infrastructures polyvalentes. À l’intérieur des règlements et du budget. À partir du moment où les rôles de chacun sont bien compris, il peut y avoir de beaux arrimages.»

Le maire tient d’ailleurs à faire connaître à ses citoyens son ouverture à cet égard.

Même chose du côté de la mairesse de Kingsbury.

«Nous prenons en considération ce que les gens nous disent. Et même si ce n’est pas obligatoire, on peut aussi tenir, à certaines occasions, des consultations publiques. Parce que tous ceux qui ont quelque chose à dire sont les bienvenus. Toujours.»

 

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